A J. qui a décidé de bien nous flinguer notre début d’année… Dramaqueen va !

A la base je n’avais pas mis d’image mais je sais qu’il adorait celle-ci et l’article sur l’âge et le sexe qu’elle illustrait

Il faut croire que si votre prénom commence par J. et que nous nous croisons, vous avez à craindre mes gueules de bois. Ce premier janvier au soir, j’étais donc en train de décéder joyeusement sur mon canapé quand j’ai reçu un SMS me disant que J., lui, avait décidé de réellement décéder sous peu et que j’étais la bienvenue pour venir lui dire au revoir.

Qui est J ? Eh bien J. était un de mes chouchous, il était très fier d’avoir la place du « prétendant le plus âgé », vraiment. Je voyais ses yeux briller quand, à chaque rendez-vous, il vérifiait qu’il avait toujours bien ce titre. Le début de notre histoire n’a pas été simple, il était très chiant et exigeant en fait, j’ai même failli abandonner notre relation. Toutefois, au fur et à mesure, il a changé, il s’est adouci et surtout, je ne me suis pas gênée pour lui rentrer dedans quelques fois, pour lui dire que ce n’était pas parce qu’il était âgé que j’allais tout lui passer. Il a quand même continué, jusqu’au bout, à me balancer des vacheries mais je lui en balançais en retour, il écarquillait grand les yeux surpris de mon audace, je le regardais d’un air de dire « Tu veux vraiment continuer, vas-y, j’ai d’autres vannes en stock ! », on éclatait de rire tous les deux et on partait sur un autre sujet. Cela faisait partie de nos rituels.

En fait avec J. ce n’était que des rituels, surtout vers la fin : les mêmes vacheries, les mêmes sujets de conversation, les mêmes questions, les mêmes angoisses face à la fin de vie, les mêmes caresses et baisers pour le rassurer. Ça va me manquer, beaucoup. Du coup si vous êtes un papi un peu grognon qui aime les câlins et les caresses, n’hésitez pas à candidater (je blague J., personne ne pourra te remplacer, ne t’inquiète pas, tu resteras mon « Papinou gentil mais Ohlàlà qu’est-ce qu’il peut être chiant parfois ! » à vie).

J’ai appris en fin de journée qu’il s’était éteint peu après mon passage, entouré et serein. J’étais triste, très triste et je l’ai annoncé à Lilas qui l’avait accompagné aussi dans cette fin de vie. Pendant que nous partagions notre tristesse et nos ressentis, j’ai eu une sorte de bouffée de joie. Oui, malgré tout le chagrin, je suis reconnaissante, vraiment très reconnaissante.

Il y a quelques mois j’ai lu Je t’aime, je te trompe de E. Perel qui est thérapeute de couple (si vous ne le connaissez pas je vous le recommande grandement, c’est sur l’adultère et c’est brillant) et l’un des chapitre traite des maitresses et de leurs sentiments, du fait que ce sont souvent les oubliées parce qu’on rejette la faute sur elles et qu’elles ne peuvent prétendre à aucune sympathie ou soutien. Perel y parle notamment de la difficulté pour les maitresses à faire leur deuil quand l’amant décède, qu’elles ne peuvent pas venir le pleurer, qu’elles ne peuvent pas venir à l’enterrement, qu’elles doivent gérer seules leur chagrin, leur douleur, sans personne avec qui partager tout ça.

J’aime me considérer comme une maitresse en CDD, même si les sentiments amoureux ne sont pas présents comme dans une relation adultère classique, je fais partie de la vie de certains d’entre vous depuis pas mal de temps, nous nous apprécions et je sais que si la mort vient frapper à votre porte, je n’ai aucun droit, à part celui de vous pleurer en silence, dans mon coin.

Là, j’ai eu l’immense privilège d’être contactée immédiatement parce qu’on savait à quel point je comptais pour J, j’ai été accueillie à bras ouverts pour lui dire au revoir, pour le couvrir de baisers. J’ai pu lui dire que Lila ne pouvait pas être là mais qu’elle pensait fort à lui et le couvrir à nouveau de baisers de sa part, j’ai pu lui raconter les derniers exploits de ma grand-mère parce qu’il adorait ça, j’ai pu lui dire qu’il faisait chier à venir gâcher le début d’année de 2023 de tout le monde et que c’est bon, il avait gagné, il aurait droit à un post de blog, j’ai pu le voir réagir à mes mots doux et à mes caresses, j’ai pu lui dire que je l’aimais et l’embrasser une dernière fois.

Ensuite j’ai pu laisser éclater ma peine et partager mes souvenirs drôles avec son entourage.

Et enfin, j’ai pu pleurer et rire avec Lila en lui parlant de ces adieux et se racontant comment il pouvait être chiant souvent mais qu’on n’arrivait pas vraiment à lui en vouloir, parce que c’était J., simplement.

Donc oui, je suis reconnaissante, parce que j’ai le droit de faire un vrai deuil pour une personne qui a compté pour moi, une personne que j’ai accompagnée durant des années, jusqu’au bout.

Il y a un truc qui me fait beaucoup marrer depuis hier. Faut savoir qu’il adorait se mettre en compétition avec ma grand-mère sur « qui allait le plus mal ». Cela faisait 2 ans environ que, chaque fois qu’on se voyait, il me disait que c’était surement la dernière fois, qu’il allait mourir bientôt et moi je lui répondais à chaque fois qu’il était une vraie « DramaQueen, pire que ma grand-mère qui pourtant a placé la barre bien haut ! ». Ça le faisait pouffer de rire, il me demandait de lui raconter ses dernières aventures pour voir quel était le niveau de compétition. C’était notre rituel, il faisait le mourant et je me moquais de lui gentiment.

Fin décembre, ma grand-mère a décidé de faire du grandiose histoire de pimenter notre Noël et je me disais qu’il fallait absolument que je raconte ça à J. (elle va « bien » c’est juste qu’elle aime bien challenger Dieu et La Mort apparemment). Il faut croire qu’il a décidé de mettre un terme définitif à cette compétition, de ravir une bonne fois pour toute le titre de « DramaQueen » à ma grand-mère. Oui, c’est bon J. tu as gagné, tu resteras ma plus grande DramaQueen et j’espère que ça te fait bien pouffer de rire de là-haut.

Bref, tout ça pour dire que j’ai un peu l’impression de sortir d’une essoreuse là. J’ai besoin d’un peu de temps pour digérer tout ça, je sais que pour certains je joue au Roi du Silence depuis un moment mais cela va durer un peu. J’ai donné tout ce que j’avais d’amour en réserve hier, pour aider un vieux monsieur à partir en douceur, je suis un peu vidée et je vais prendre un peu de temps pour recharger tout ça. Ne vous inquiétez pas, si vous ne me connaissez pas encore, je suis une personne qui rebondi très vite donc ça va aller mieux rapidement. Je mettrai comme prévu mon agenda à jour à la fin de la semaine ou début de semaine prochaine et on pourra commencer à programmer de jolis moments ensemble.

J’espère que vous avez passé de bonnes fêtes et je vous souhaite, de tout mon cœur, une bonne année 2023.

Je vous embrasse

Louise

PS : oui, il y a sûrement des fautes mais mon cerveau est parti faire un tour donc je corrigerai ça plus tard, quand il reviendra !

PS 2 : on discutait avec Lilas sur le fait que nous ne pouvions nous rendre à son enterrement mais qu’au final ce n’était pas plus mal car nous n’avons aucune dignité à ce genre d’évènement. Je passe mon temps à pleurer même quand les autres ont arrêté et Lilas est apparemment pareil donc merci J. de nous avoir épargné cela. En imaginant la scène, ça m’a donné une idée. Et si on lançait une prestation de pleureuses professionnelles ? Franchement, ça serait pas classe pour animer un peu vos enterrements, vos veillées funèbres et vos crémations ? Je me ferai une garde robe spéciale pour ça, avec plein de tenues de veuve éplorée, ça serait absolument fabuleux !